Tivaouane, 23 août 2026 – À l’initiative de la Cellule Zawiya Tijaniyya (CEZAT), un panel consacré aux rapports entre intelligence artificielle, foi et culture s’est tenu ce dimanche à Tivaouane, dans le cadre de SALTIS AI Event 2026.
Intitulée « Intelligence artificielle, foi et culture : comment préserver notre authenticité à l’ère de l’IA ? », cette rencontre a ouvert un espace de réflexion inédit sur les bouleversements induits par l’intelligence artificielle dans la transmission du savoir, la préservation du patrimoine religieux et culturel, les langues et la mémoire collective.
Ne pas subir l’IA, mais rester maître de son récit
À Tivaouane, la réflexion part d’un constat désormais difficile à éluder : l’intelligence artificielle n’est pas culturellement neutre. Les modèles qui façonnent les réponses produites par ces technologies sont nourris par des données, des langues, des valeurs et des représentations qui ne sont pas nécessairement les nôtres.
Dès lors, une question fondamentale se pose : une société profondément façonnée par la foi, la Tarîqa et une tradition intellectuelle séculaire peut-elle rester l’auteur de son propre récit dans un univers numérique largement façonné ailleurs ?
Les TDR du panel posent clairement le principe : l’enjeu n’est pas de se protéger de l’intelligence artificielle, mais de se l’approprier et de rester maître de son récit avec elle.
Cette approche prend une résonance particulière à Tivaouane, haut lieu d’enseignement, de transmission et d’orthodoxie de la Tijâniyya.
De la préservation du patrimoine à la souveraineté numérique
Les échanges ont notamment porté sur les risques liés aux contenus générés par l’IA : fausses attributions doctrinales, textes fabriqués, citations erronées, montages et deepfakes de figures religieuses.
Ces phénomènes ne constituent pas seulement des dérives technologiques. Ils peuvent toucher à l’intégrité des textes, à la mémoire des familles religieuses et à la transmission du savoir.
Mais le panel a également permis de dépasser la seule logique de vigilance pour s’intéresser aux opportunités offertes par ces nouveaux outils.
Numérisation des manuscrits, archivage de la tradition orale, traduction entre l’arabe, le wolof et le français, création de ressources pédagogiques fiables : autant de pistes permettant de faire du numérique un outil de sauvegarde et de vulgarisation du patrimoine.
La langue, la transmission et l’identité au cœur du débat
L’un des enjeux majeurs soulevés concerne également les langues et les concepts qu’elles véhiculent.
Face à des outils encore largement optimisés pour certaines langues dominantes, la question de la place du wolof, du pulaar et de l’arabe savant devient essentielle. Car une langue ne transporte pas uniquement des mots : elle porte une vision du monde, des valeurs et une mémoire.
La transmission constitue un autre point de vigilance. Le modèle traditionnel fondé sur le sanad, la relation maître-disciple et une transmission incarnée et patiente ne saurait être remplacé par une réponse instantanée générée par une machine.
L’IA peut assister, documenter et vulgariser. Elle ne saurait se substituer au maître ni à l’autorité du savoir transmis.
Une initiative portée par la CEZAT
En prenant l’initiative de cette réflexion, la CEZAT entend inscrire Tivaouane dans les grands débats qui accompagnent les mutations technologiques contemporaines.
L’objectif est également de faire émerger des pistes concrètes autour de la gouvernance des données, de l’éthique, de la protection de l’image, de la lutte contre la désinformation et de la souveraineté numérique.
À terme, les réflexions doivent notamment contribuer à dégager des recommandations susceptibles de nourrir une charte d’usage responsable de l’IA au service de la Tijâniyya.
Tivaouane face à un nouveau défi civilisationnel
Cette initiative témoigne d’une volonté de ne pas laisser l’histoire, la mémoire et le patrimoine spirituel de Tivaouane être racontés exclusivement par des algorithmes nourris de sources extérieures.
Car l’enjeu dépasse largement la technologie.
Il s’agit de savoir qui documente notre mémoire, qui nourrit les données, qui raconte notre histoire et, demain, qui enseignera notre patrimoine aux générations futures.
À travers ce panel, la CEZAT pose ainsi les premiers jalons d’une réflexion qui pourrait s’inscrire dans la durée : faire de Tivaouane non seulement un haut lieu de spiritualité et de transmission, mais également un territoire capable de penser son rapport à l’intelligence artificielle et d’en maîtriser les usages.
Car à l’ère de l’IA, ne pas être présent dans l’espace numérique, c’est prendre le risque de laisser d’autres raconter notre histoire à notre place.
Cellule Zawiya Tijaniyya

