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Le poème « Ûsîkum » d’El Hadji Mansour Sy Malick aux jeunes : une éthique de l’apprentissage, du respect de l’harmonie (Par Dr Seydi Diamil Niane)

Par-delà les générations, ce conseil demeure et ne vieillit pas : le savoir ne vaut que par l’effort, l’éthique et la manière dont on le met au service de la vie. C’est précisément le message qui se dégage du poème-conseil intitulé Usîkum, adressé à la jeunesse sénégalaise par El Hadji Mansour Sy, fils d’El Hadji Malick Sy et père du Calife Serigne Babacar Sy Mansour. À travers des vers simples mais profonds, El Hadji Mansour Sy propose une véritable philosophie de formation du jeune : rechercher le savoir, bien gérer son temps, respecter ses maîtres et ses parents, vérifier les informations reçues et contribuer à l’harmonie entre les hommes.

Le savoir : une richesse à acquérir dès la jeunesse

Pour El Hadji Mansour Sy, la jeunesse est d’abord l’âge privilégié de l’apprentissage. Il invite ainsi les jeunes à ne pas attendre pour s’instruire et se former. Le savoir acquis dans la jeunesse est présenté comme une connaissance durable, profondément ancrée dans la mémoire. Il dit en ce sens

« Sois, avec acharnement, dans la quête du savoir.

Il est dit qu’une leçon apprise dans la jeunesse est telle une inscription sur la pierre ».

Dans une société où les jeunes sont aujourd’hui confrontés à une multitude de sollicitations, ce conseil conserve toute son actualité. L’apprentissage demande de la patience, de la régularité et surtout de la persévérance. Il ne suffit pas de fréquenter une école ou une université : il faut cultiver le goût de la recherche, lire, interroger, comprendre et approfondir. Il faut aussi savoir gérer son temps, et c’est en ce sens que le poème insiste sur la nécessité de ne pas remettre à demain ce qui peut être accompli aujourd’hui. Le temps est une richesse qui ne se récupère pas. El Hadji Mansour Sy rappelle ainsi :

« La négligence est synonyme de perdition.

À chaque instant une tâche qui lui est propre.

La vie est courte, ne dis jamais “demain je ferais” ».

Le message est clair : le jeune doit apprendre à organiser son temps et à accomplir ses responsabilités au moment opportun. Dans cette perspective, la réussite n’est pas seulement une question de talent ; elle dépend aussi de la discipline et de la capacité à utiliser intelligemment son temps.

Apprendre, mais aussi savoir comment apprendre

le poème ne se limite cependant pas à recommander la recherche du savoir. Il donne aussi des indications sur les attitudes que doit adopter celui qui apprend. El Hadji Mansour Sy conseille au jeune de mémoriser ses leçons, de les répéter, de faire des recherches et de s’intéresser aux écrits. Mais il l’invite surtout à chercher à comprendre les questions en profondeur. La mémorisation, dans cette conception, ne s’oppose donc pas à la compréhension : les deux doivent aller de pair et El Hadji Mansour le rappelle :

« Efforce-toi de mémoriser tes leçons et de les répéter.

Fais des recherches et intéresse-toi aux écrits.

Sois à l’écoute et tâche de comprendre toute problématique ».

Cette pédagogie conserve une grande pertinence pour l’école et l’université contemporaines. Le bon étudiant ou le bon élève n’est pas celui qui ne fait qu’accumuler des informations. Il est celui qui sait questionner, vérifier, comparer et comprendre.

Le respect du maître : une éthique de la transmission

Dans le poème, El Hadji Mansour Sy s’intéresse à la relation entre l’apprenant et son maître. Cette relation occupe une place centrale dans les traditions éducatives islamiques et soufies auxquelles le texte se rattache. Le jeune est invité à reconnaître la valeur de celui qui lui transmet le savoir, à le traiter avec respect et à lui apporter son soutien.

« Si, l’enseignant tu traites à sa juste valeur,

tu trouveras les grâces du savoir et tu vivras !

Respecte-le, glorifie-le, traite-le donc avec bonté ».

Le propos rappelle que la transmission du savoir repose aussi sur une relation humaine fondée sur la considération, la confiance et la responsabilité. Le poème étend cette exigence de respect aux parents. Le jeune ne doit pas, dans sa quête de réussite, oublier ceux qui l’ont éduqué et accompagné. Le savoir ne doit donc jamais conduire à l’arrogance.

Une jeunesse appelée à la vigilance

Un autre enseignement particulièrement actuel du texte concerne la prudence face aux informations. Dans un monde marqué par les réseaux sociaux et la circulation rapide des rumeurs, le conseil d’El Hadji Mansour Sy résonne avec une étonnante modernité :

« Mes frères, si un crapuleux vous apporte une information,

renseignez-vous et jetez ses dires aux oubliettes ».

La recommandation est simple : ne pas croire tout ce que l’on entend ou lit immédiatement. Il faut vérifier avant de transmettre. Cette exigence de vérification constitue une véritable éthique de l’information. Elle invite la jeunesse à développer un esprit critique et à ne pas devenir le relais de la rumeur, de la calomnie ou de la désinformation.

Renoncer aux excès, choisir l’harmonie

La dernière dimension du poème dépasse le cadre strict de l’apprentissage. El Hadji Mansour Sy propose une véritable philosophie de vie. Il met notamment en garde contre les excès, les divisions et les comportements susceptibles de conduire à l’oppression ou à la discorde. Le renoncement auquel il invite les jeunes est plutôt une manière de choisir des comportements favorables à la construction de la société.

« Pour le sage, ce lieu est celui du savoir et de la courtoisie ;

non une demeure de discorde et de divertissement.

Pour l’attentif, c’est un lieu d’harmonie et de conciliation

où il faut s’attacher au cordeau de Dieu et se méfier ».

La jeunesse est ainsi appelée à devenir une force de cohésion. L’éducation ne doit pas seulement produire des individus diplômés ; elle doit former des hommes et des femmes capables de vivre avec les autres, de respecter les différences et de rechercher la paix.

Un message toujours actuel

Le poème d’El Hadji Mansour Sy apparaît finalement comme un véritable manuel de conduite destiné à la jeunesse. Il articule trois dimensions indissociables : le savoir, l’éthique et la responsabilité sociale. Apprendre tôt, travailler avec constance, respecter le maître et les parents, gérer son temps, vérifier les informations et rechercher l’harmonie : autant de conseils qui dépassent largement le contexte dans lequel le poème a été composé.

À travers cette œuvre, le fils d’El Hadji Malick Sy s’inscrit dans une longue tradition littéraire consacrée à l’éthique de l’apprentissage. Son texte rappelle surtout une vérité fondamentale : la réussite intellectuelle n’a de véritable valeur que lorsqu’elle s’accompagne de qualités morales et d’un sens élevé de la responsabilité.

Pour la jeunesse sénégalaise d’aujourd’hui, confrontée aux défis de l’éducation, du numérique, de l’emploi, de la compétition sociale et, parfois, de la perte de repères, cette voix issue du patrimoine intellectuel sénégalais mérite d’être entendue.

Le conseil d’El Hadji Mansour Sy pourrait finalement se résumer à une formule : apprendre avec ardeur, vivre avec éthique et agir pour l’harmonie.

Dr Seydi Diamil Niane

Chargé de recherche en islamologie

Institut fondamental d’Afrique noire

Université Cheikh Anta Diop

Email : seydidiamil.niane@ucad.edu.sn

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