samedi, mars 28, 2026
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AL-MAKTOUM, philosophe éternel mais singulier. Il se distingue par une doctrine fondée sur la connaissance prophétique et structurée selon les réalités de toutes les époques

Sérigne Cheikh, fils de Sokhna Astou Kane et du distingué érudit Sérigne Babacar Sy, a reçu une formation coranique auprès de plusieurs Cheikhs éminents de la communauté tidiane, tels que Sérigne Alioune Gueye, Sérigne Birane Sarr, Sérigne Cheybatou Fall, Sérigne Mama Lo, Sérigne Moussa Niang et El Hadji Cheikh Ndiaye Mabeye. À l’âge de 14 ans, il a complété le cycle primaire et moyen des enseignements islamiques et, à 16 ans, il a publié son premier ouvrage intitulé <>.

Sérigne Cheikh a transcendé les limites d’une personne ordinaire et d’un simple religieux, se forgeant une personnalité hautement distinguée et devenant un leader incontournable dans de nombreux domaines: il était un << Sophos >>partout et pour tout.
Étudier sa vie, c’est explorer celle d’un homme de Dieu qui a agi comme un médiateur entre le temporel et le spirituel. Il possédait un savoir varié, oscillant entre le domaine spirituel et temporel pour atteindre une maîtrise exemplaire de soi, ce qui lui a permis de comprendre les phénomènes sociaux et divins: il était<< spirituelo-temporel>>.
Connaître Al Maktoum ou en parler est complexe, car il incarne une dimension spirituelle profondément ancrée et une compréhension indiscutable de la vie: il était le << Al Maktoum>> de son temps. Le terme ‘Al Maktoum’, signifiant ‘le caché’, évoque une personnalité dotée d’une dimension spirituelle secrète ou mystique.

Sérigne Cheikh s’est rapidement engagé dans le milieu intellectuel, se libérant des contraintes du conservatisme et se positionnant comme un homme d’ouverture. Il est souvent décrit comme un universaliste, à la fois homme de culture et fondateur de l’un des premiers partis politiques du Sénégal, le Parti Socialiste Sénégalais (PSS).

En tant que penseur visionnaire, durant la grève de 1968, il a initié la création d’un comité d’organisation pour la célébration du Mawlid (naissance du Prophète, paix et bénédictions sur lui) à Tivaouane, en réponse à l’absence des forces de l’ordre. Ce comité, nommé COSKAS (Comité d’Organisation au Service de Khalifa Ababacar Sy), continue d’assurer cette mission sous la direction de Serigne Moustapha Sy Al Amine: il avait une vision solutionniste.

La singularité de Sérigne Cheikh réside dans sa philosophie religieuse, caractérisée par une vision qui transcende les apparences confessionnelles et les pratiques cultuelles élémentaires. Cela éclaire l’importance de ses propos :

<< Ce qui est regrettable pour le musulman sénégalais, c’est sa tendance à confondre l’islam avec les cinq piliers, qui ne constituent, heureusement, qu’un emblème de sa pratique. […] La prière est à l’âme ce que l’engrais est au sol : elle peut l’enrichir ou l’étouffer. Cela dépend d’un dosage approprié, d’un discernement avisé et, surtout, d’une éducation mystique adéquate >> (SERIGNE CHEIKH, << L’ISLAM ET LE MONDE >>, DIOURBEL, 1965).

À travers ses interventions, il plaidait pour l’éveil des consciences et l’affirmation de la capacité de discernement, permettant aux croyants de saisir le sens profond des pratiques exotériques sans tomber dans l’obscurantisme ou un ésotérisme excessif. En 1950, il déclarait :

<< En Afrique noire, l’islam se manifeste sous deux aspects : un aspect scientifique désintéressé et un aspect superficiel et ostentatoire. […] Les expériences montrent que nous avons tendance à nous conformer davantage aux superstitions et aux traditions qu’à la doctrine pure héritée du prophète Mohammed (PSL). >> (ÉDUCATION ISLAMIQUE : CAUSERIE RELIGIEUSE DE SÉRIGNE CHEIKH 1950)

Son action et son enseignement se caractérisent par une approche inclusive de l’islam, préservant son authenticité tout en acceptant les différences. Selon lui, si Dieu est le Créateur de l’univers, alors le système divin doit englober toutes les créatures sans distinction. Il affirmait :

<> (SÉRIGNE CHEIKH, L’ISLAM ET LE MONDE, DIOURBEL, 1965)

Par cette déclaration, il critiquait les partisans du sectarisme, les qualifiant de simples ‘polythéistes’ ou de commerçants de divinités. L’acceptation de l’indifférence est également un aspect central de sa philosophie. Il déclarait : << Le péché de la laïcité ne réside que dans sa neutralité… Ce n’est pas un péché… >>, pour éviter toute interprétation erronée.

Concernant les relations internationales, Sérigne Cheikh prônait le dialogue interculturel, encourageant les pays à majorité musulmane, qu’ils soient arabes ou africains, à << tourner leur regard vers les capitales européennes pour mieux appréhender les notions modernes de l’existence humaine >> ( FABIENNE SAMSON, LES MARABOUTS DE L’ISLAM POLITIQUE-LA DAHIRATOUL MOUSTARCHIDINA WAL MOUSTARCHIDATY, UN MOUVEMENT NEO- CONFRÉRIQUE SÉNÉGALAIS, KARTHALA, 2005, P. 231).

Il donnait lui-même l’exemple en adoptant un style vestimentaire varié selon les occasions, tantôt sénégalais, tantôt maghrébin, tantôt européen, bien que ses choix vestimentaires occidentaux suscitaient parfois curiosité et désapprobation au sein de son entourage. En homme de conviction, il restait ferme dans ses décisions.

MORY ALAMINE.

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