Dakar, perle de l’océan Atlantique et cœur spirituel du Sénégal, porte en son sein une histoire tissée de foi, de migrations et d’alliances sacrées. Au centre de cette trame se dressent les Lébous, ces gardiens ancestraux des rivages de la presqu’île du Cap Vert, considérés par le grand mystique Mame Seydi Elhadji Malick Sy (RTA) comme les khoreichites de la Mecque, autrement dit, les premiers soutiens, les compagnons fidèles du prophète Mouhamed (paix et salue sur Lui) qui, par leur accueil généreux et leur piété, incarnent l’esprit des premiers musulmans de La Mecque, prêts à tout sacrifier pour la cause divine.Les Lébous ont façonné l’identité de la presqu’île du Cap-Vert, et ont ouvert leurs portes à la lumière tidjane. Dès le XIXe siècle, Mame Seydi Elhadji Malick Sy (RTA), ce géant de la spiritualité sénégalaise et Maodo de la Tidjaniya a perçu en eux non seulement des hôtes bienveillants, mais des alliés prédestinés. Leur relation, forgée dans le creuset de la foi partagée, s’est solidifiée par des liens indéfectibles : des serments spirituels, des pèlerinages communs et une entraide qui transcende les générations. C’est à Dakar même que Mame Maodo (RTA) a planté les racines profondes de la Tidjaniya en installant une de ses trois Zawiyas, transformant la capitale en un bastion rayonnant de la tariqa. Cette implantation n’était pas fortuite, elle scellait un pacte éternel entre les Lébous et la confrérie. Les moukhadams lébous, imprégnés de la baraka tidjane sont devenu les gardiens de cette zawiya, protégeant ses enseignements ésotériques et propageant le dhikr dans les différentes mosquées des 12 Pencs de Dakar. Ensemble, ils ont résisté aux vents contraires de la colonisation, préservant l’identité islamique et culturelle sénégalaise face à la présence française.Mieux encore, Mame Maodo a baptisé certains quartiers de Dakar, comme la Médina, conçue comme une réplique symbolique de Médine en Arabie saoudite, et le quartier de Fass inspiré de la ville de Fès au Maroc. Son successeur et fils, Serigne Babacar Sy , surnommé Mame Khalifa (RTA) parce qu’il fut le premier khalife au Sénégal, introduisit les premiers dahiras à Dakar, posant les bases de nouveaux cadres de sociabilité religieuse et de diffusion de la Tidjaniyya. Les dahiras ainsi introduits constituent l’une de ses innovations majeures dans l’histoire de la Tidjaniyya au Sénégal, à la fois comme cadre d’éducation religieuse et comme outil de solidarité sociale, ces « clubs mystiques » visent à encadrer la pratique quotidienne des talibés en dehors des grands événements comme les Gamous ou la Ziarra Générale, en instaurant une régularité du dhikr et de l’étude. Ils sont des cadres de sociabilité confrérique segmentés par quartiers, professions ou régions, créant des réseaux d’entraide et de discipline collective qui renforcent la cohésion de la communauté tidjane.Une réponse originale à la modernité coloniale et postcoloniale, permettant à la confrérie de s’ancrer durablement dans la ville.Le Grand Serigne de Dakar l’a dit haut et fort : il est temps de restaurer ce pacte sacré, que le gouverneur, et avec lui le gouvernement, réintègrent ces cérémonies non comme une formalité, mais comme un hommage mérité à ceux qui, depuis des siècles, veillent sur l’âme de Dakar. C’est perpétuer l’essence même de la capitale, un phare de tolérance et de piété où le passé illumine l’avenir. Ismaila Mbengue Fonctionnaire des Nations Unies á la retraite
Ignorer la Tidjaniya à Dakar, c’est méconnaître l’essence même de la ville : une capitale où la foi tidjane est le ciment invisible qui unit passé, présent et avenir
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