lundi, juin 1, 2026
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Crise de la filière ovine : Entre victimisation, soupçons de blanchiment et urgence d’une régulation

À l’approche de la grande fête de la tabaski, le débat sur la disponibilité et le prix des moutons s’enflamme à nouveau au Sénégal. Mais derrière les cris d’alarme habituels des acteurs du secteur, une autre voix s’élève, fustigeant la mentalité du « rejet de la faute sur l’État » et pointant du doigt les dérives d’une filière en perte de repères. Enquête sur un malaise profond qui dépasse la simple loi de l’offre et de la demande.

Le mirage de l’assistanat et le refus de l’introspection

C’est un refrain bien connu des observateurs de l’économie locale : face aux difficultés, l’enfer, c’est toujours les autres. Au lieu d’initier une véritable introspection sur leurs méthodes de gestion et leurs politiques économiques, nombre de groupements professionnels préfèrent jeter l’opprobre sur les autorités publiques, accusées de « ne pas accompagner les éleveurs ».

Pourtant, une question fondamentale se pose : que réclament réellement ces acteurs ? Peut-on décemment concevoir un modèle de développement où de soi-disant « jeunes éleveurs » attendent passivement chez eux des allocations étatiques ? Si la crise semble s’être accentuée cette année, ce manque de maturité entrepreneuriale et structurelle perdure en réalité depuis belle lurette.

Des moutons à prix d’or : L’ombre du blanchiment d’argent

Au-delà des plaintes corporatistes, le secteur ovin sénégalais souffre d’un tabou que peu osent briser publiquement : l’opacité financière de certaines transactions. L’apparition sur le marché de spécimens de race (notamment les Ladoums) s’échangeant à des sommes astronomiques — atteignant parfois la barre surréaliste des 100 millions de FCFA — sème le trouble. « Des moutons à des dizaines, voir des centaines de millions, il faut vraiment oser », s’indignent plusieurs observateurs avertis, qui y voient de forts relents de blanchiment d’argent dissimulés sous le manteau de la passion pastorale.

La mécanique de la manipulation médiatique

Pour légitimer des tarifs prohibitifs, une stratégie bien rodée semble s’être installée depuis des années. Certains « grands éleveurs » n’hésiteraient pas à s’attacher les services de plumes complaisantes pour orchestrer une véritable psychose collective.

Le scénario est immuable : à quelques semaines des échéances cruciales, des articles alarmistes fleurissent pour prédire une pénurie imminente de bétail et justifier des hausses vertigineuses du marché. En conditionnant psychologiquement les ménages à payer le prix fort, cette manipulation médiatique permet de masquer les véritables carences de la filière. Prétendre aujourd’hui que la situation actuelle résulte uniquement d’un désengagement de l’État ou de la baisse du pouvoir d’achat relève, pour beaucoup, d’une imposture intellectuelle.

Pour un retour de l’État régulateur : Les deux priorités

Face à ce que d’aucuns qualifient de vaste entreprise de manipulation, les attentes des consommateurs vis-à-vis des pouvoirs publics ont changé de nature. L’heure n’est plus aux subventions à fonds perdus, mais à une régulation stricte et transparente autour de deux axes majeurs :

  • Le contrôle strict du prix des intrants : Encadrer de manière rigoureuse le coût des aliments de bétail (et, par extension, de la volaille) pour stabiliser les coûts de production en amont.
  • L’instauration de la vente au poids : Standardiser le commerce des moutons en exigeant une tarification au kilogramme, mettant ainsi fin aux spéculations sauvages et subjectives à l’œil nu.

En dehors de ces deux leviers de régulation, tout autre discours larmoyant sur le sort de la filière risque de n’être qu’une vue de l’esprit destinée à maintenir un statu quo spéculatif sur le dos des Sénégalais.

Ahmed Tidiane

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