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Le griot du Prophète guidé par la grâce

Abdoul Aziz Mbaye rêvait d’être artiste-musicien. Hélas ou heureusement ! Au bout de quelques années d’apprentissage du Coran et des sciences islamiques à SaintLouis, celui qui allait devenir l’un des plus grands «griots du Prophète» de l’islam souhaitait se lancer dans la musique moderne. Un jour, alors qu’il s’apprêtait à se rendre à Dakar pour participer à un spectacle, il fit un détour chez le Khalife général des Tidianes de l’époque, Serigne Abdoul Aziz Sy Dabakh. Un simple coup du destin : après l’avoir accueilli, le guide religieux lui suggéra de rester. « Il m’a demandé de m’asseoir et de l’accompagner partout où il irait», confiet-il avec émotion. Depuis ce jour, il n’a plus jamais quitté la hadara de Seydi El Hadji Malick Sy.
Le jeudi 6 août 2026, sous une pluie battante, c’est sous la tente dressée le long de la route jouxtant la Zawiya qu’il a reçu l’équipe du quotidien national «Le Soleil» chargée de la réalisation du Magazine spécial sur le Mawlid 2026. Sur place, Abdoul Aziz Mbaye ne passe pas inaperçu. Fidèles et passants lui témoignent spontanément leur affection et leur estime. L’homme est affable, profondément simple. Sans façon, il grignote quelques graines d’arachide avec un groupe de disciples veillant sur les travaux de rénovation du sanctuaire.
Alors que nos échanges débutent à quelques minutes de la prière du crépuscule, il lance, taquin, à l’adresse des disciples qui se précipitent dans le lieu de culte : « Dites à l’imam de réciter la sourate Ya-Sin pour que je ne rate pas la première rakka ! » La prière achevée, la wazifa résonne dans la Zawiya. C’est dans cette atmosphère empreinte de spiritualité qu’il se livre : « Je ne suis qu’un disciple imparfait. J’essaie simplement de marcher sur les traces des
anciens et de me conformer à leurs enseignements tirés du Coran et de la Sunnah ».
À son retour à Tivaouane, après son séjour saint-louisien, désireux d’entamer une car- rière musicale, le destin en a décidé autre- ment. Aujourd’hui, il ne se rappelle plus exactement la date à laquelle il a commencé à chanter les louanges du Messager d’Allah, de ses compagnons et des érudits de l’islam.
Pour en arriver là, il a dû faire preuve d’une persévérance exemplaire. Afin de maîtriser les panégyriques et les poèmes rédigés par les grands saints, notamment Seydi El Hadji Malick Sy, Serigne Abdou Aziz Sy Dabakh l’avait confié à son propre fils, Serigne Babacar Sy Abdou. «Le Khalife était intransigeant avec moi. Je n’avais pas le droit de rentrer chez moi, tant que je n’avais pas mémorisé ma leçon », se souvient-il. Aujourd’hui, Abdoul Aziz Mbaye est un homme comblé. Au sommet de son art, offrant des prestations impeccables à Tivaouane
comme au-delà des frontières, il soutient avec gratitude : « J’ai tout obtenu grâce à cette voie».
Chez lui, psalmodier les louanges du Prophète n’est pas une simple profession. C’est un héritage familial séculaire. Originaire de Souguère, village réputé, dans le passé, pour être le bastion des «Ceddos » dans le Cayor, son grand-père avait autrefois quitté sa terre natale pour
rejoindre Seydi El Hadji Malick Sy à Saint-Louis, puis à Ndiarndé et Tivaouane.
Un legs perpétué
Un jour, après que le patriarche eut chanté les louanges du Sceau des prophètes, Seydi El Hadji Malick Sy, comblé de joie, lui demanda quel vœu il souhaitait voir exaucé par ses prières. Le grand-père répondit qu’il formulait le souhait que toute sa descendance demeure, jusqu’à la fin des temps, constituée de griots du Prophète. Un vœu aujourd’hui pleinement exaucé. Après avoir rendu grâce au Créateur et prié sur le Messager d’Allah, Abdoul Aziz Mbaye exprime une gratitude infinie envers Seydi El Hadji Malick Sy et sa lignée. Celui que Serigne Abdou Aziz Sy Dabakh appelait affectueusement Abdou Mbaye rejette le titre d’« animateur religieux». «Nous ne faisons pas de l’animation religieuse. Nous glorifions le Prophète de l’islam à travers les écrits de grands érudits tels que Seydi El Hadji Malick Sy, Cheikh Ahmed Tidiane Chérif, fondateur de la voie ou Mame Cheikh Oumar Foutiyou Tall, et tant d’autres hommes de Dieu », rectifie-t-il.
Neveu de Dao Gor Mbaye et de Mansour Mbaye, deux figures magistrales de la hadara de Tivaouane, il forme avec eux un trio d’exception. Leur signature se distingue par une élégance
vestimentaire irréprochable, une justesse rythmique parfaite et une éloquence captivante. Leurs prestations, empreintes d’une rare perfection, émeuvent profondément les disciples qui
attendent chaque apparition avec impatience.
Bien que le rappel à Dieu de son guide spirituel, Serigne Abdou Aziz Sy Dabakh, le 14 septembre 1997, l’ait profondément ébranlé, il considère que le défunt Khalife demeure présent parmi les fidèles à travers son immense legs : la pratique de la Sunnah, la célébration du Mawlid, l’entraide et le partage. Sa plus grande fierté reste son ancrage à Tivaouane et le privilège d’avoir grandi sous l’aile protectrice de Serigne Abdou Aziz Sy Dabakh.
La soixantaine révolue, il contemple son parcours avec sérénité et garantit que le flambeau sera maintenu très haut. La relève familiale est déjà assurée : que ce soit en cumulant cet art sacré avec des professions issues du système éducatif moderne ou d’autres métiers, les membres de sa famille perpétuent la tradition avec le même engagement.
le soleil du 21 août 2026 p. 27
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