Serigne Bra Gaye Nayobé 1847 – 1952

On ne pourrait parler de la vie et de l’œuvre de Serigne Bra Gaye de Nayobé sans retracer le passé glorieux de ses prédécesseurs parents ainsi que l’histoire fascinante
de la province de Niomré. Toutefois, il va falloir passer en revue les quelques documents de bases fournis par les archives nationales du Sénégal (3 E/ 58 du conseil privé du Sénégal – séance du 27 Février 1899, N° 4I, Fol.142 à 145) et qui m’ont été généreusement remis par un des membres de la famille, nommé Samba Daado Gaye, éducateur enlangue arabe. Dans ce document, le rapport établi révèle que M Le Comte directeur des affaires indigènes, explicite les faits qui ont motivé sa demande d’internement au Congo Français des nommés Mar Pathé Gaye, père de Bra Gaye, Mbargo Lô, El Hadji Diop, Momar Seck, Serigne Lambadj… Les raisons de et exil ? Le refus catégorique de ces hommes d’honneur d’être au service de la France. Dans ce rapport, M Le Comte s’était beaucoup appesanti sur le comportement des gens qu’il qualifiait « d’hostile et insolente » mais aussi sur la forte
personnalité de Mar Pathé Gaye qu’il décrivait comme « un individu très riche et influent qui mène l’opinion publique ».Sur la proposition du directeur des affaires 103 indigènes, le conseil privé entendu en sa séance du 27 Février 1899 et 29 Mars suivant publie et décrète l’arrêté autorisant l’internement au Congo Français de ces résistants indigènes. Telle fut donc reconstituée l’histoire fascinante de cette petite province de Niomré située dans la zone de Louga. Cette localité qui a regroupé dans le passé de grands baroudeurs et hauts dignitaires qui ont su avec tant d’acharnement défendre leur patrie était devenu un lieu de résistance tant redouté par les colons. A présent on devrait tout au plus s’interroger sur la personnalité de son fils, Serigne Bra Gaye qui a su tenir avec dignité une place d’honneur autour des siens. Qui était il donc ? Homme de charisme qui imita son père dans sa démarche, Serigne Bra Gaye naquit aux approches de 1847 à Niomré.
Il apprit le coran comme ce fut de tradition auprès de son père. Cette localité de Niomré qui, dit-on, est une terre de haute civilisation, de culture islamique mais aussi de résistance rappelle les différents revers subis par Louis Faidherbe lors de son implantation dans cette zone. A l’époque, la population de Niomré était estimée à cinq mille âmes et la solidarité et l’esprit de partage animaient les habitants de ce village. Dès sa majorité, Serigne Bra Gaye fut mis à la disposition de quelques amis maures qui venaient rendre visite à son père pour la suite de sa formation. Auprès de ceux-ci, il étudia certaines matières de base arabe comme le Figh , le Sirâ, le Tassâuf mais aussi la littérature classique. Imbu de connaissances islamiques, le jeune Bra devint le bras droit le plus proche et le conseiller stratégique de son père dans les affaires socio-religieuses.


Et c’est en 1900 alors qu’il jouissait d’un grand prestige
autour des siens que l’homme de Nayobé commença à
attirer l’attention des colonisateurs. Il fut d’abord convoqué dans la même année de 1900 par « Borom Ndar », puis en 1902 en compagnie de Samba Laobé Fall (de retour d’exil), de Cheikh Seydil Hadji Malick Sy (en provenance de son
lieu de retraite à Ndjarndé), de Alpha Birane, de Serigne
Coki pour ne citer que ceux là. Là, il eut à rencontrer à nouveau Cheikh Seydil Hadji Malick Sy mais pour la première fois dans cette vieille ville de Saint-Louis qui fut le point de convergence le plus important de la colonie
Française de l’A.O.F. Des rencontres avec le Cheikh furent 104 aussi notées à Ndjarndé, localité de retraite très isolée du Sénégal où Serigne Bra avait utilement contribué à la subsistance de ces nombreux séminaristes en stage auprès
de Maodo. Cependant il faut noter que dans la ville de Ndar,
certaines personnalités très proches du Cheikh comme
Gorgui Ahmadou Wade et Mayoro Sall ont joué de très
grands rôles dans les rapports de spiritualité qui existaient
entre Seydil Hadji Malick Sy et l’homme de Nayobé. La collaboration entre ces deux hommes de foi n’avait pas failli à l’esprit d’éthique et de solidarité. Serigne Bra avait reçu du Cheikh le wird et le Lidjaza et était investi lieutenant dans la
localité de Niomré avant qu’il n’élargissa complétement son
champ d’action jusqu’à Nayobé, zone où il fit un travail
remarquable. Il avait véhiculé l’enseignement du Cheikh
grâce à une action propagatrice qu’il mena avec succès.
L’homme possédait l’illumination spirituelle et détenait la
vraie connaissance secrète du baatin. Ses proches l’avaient
décrit comme un homme élégant, qui était le plus souvent à
cheval lors de ses déplacements. Drapé dans ses plus
beaux habits de fête, avec écharpe autour de la taille et
bottillons en cuir qu’il aimait enfiler, Serigne Bra avait l’image
des Buurs qui faisaient la fierté de leurs provinces.
Accompagné de chants de Zikr, exécutés par ses
compagnons dans toutes ses sorties, la personnalité de
Nayobé avait manifestement démontré son dévouement à la
Tarikha de Cheikh mais en plus extériorisé un sentiment de
fidélité qui l’animait. Mais ce qu’il y avait de plus
impressionnant chez cet homme, c’était sa générosité de
cœur qui était à nulle autre pareille. Les grosses parts de
récoltes qu’il se faisaient périodiquement étaient destinées à
la population et une bonne partie, à la famille de Cheikh
Seydil Hadji Malick Sy. Ses alter egos, en l’occurrence Al
Hadji Malick Sarr de Boudy, Al Hadji Daouda Dia de
Mbeuleukhé, Samba Ngoty Lô du Ndiambour, Serigne
Birahim Diop de Saint-Louis furent ses plus grands amis et
ils témoignaient tous une immense considération à son
égard. Quant aux missionnaires blancs vivant dans la
localité du Fleuve, ils étaient frappés par la dignité et le
charisme de cet homme d’honneur qui, plus d’une fois, avait
partagé la même table que le chef de l’administration
coloniale. Celui-ci, ne semblait d’ailleurs, se déplacer que
105
uniquement pour son hôte en guise de considération. En se
rendant à Tivaouane pour se ressourcer après la disparition
de son maître Al Hadji Malick Sy, Serigne Bra avait
rencontré le nouveau pensionnaire du Khilafat, Serigne
Ababacar Sy pour lui accorder sa confiance et le réconforter
dans sa mission de spiritualité que lui a laissée son défunt
père. En préservant ce pont de concorde, de communion et
d’hospitalité établi par Al Hadji Malick Sy, l’un des fidèles
dépositaires de l’héritage allait consolider ses rapports avec
Khalifat Ababacar Sy. Très sensible à la belle démarche de
son compatriote qui semble bénéficier de son « fils » des
plus grands égards, le khalif n’avait encore cessé
d’apprendre de belles choses sur les qualités de ce digne
produit du Cheikh. Toujours animé d’une débauche
d’énergie malgré son âge très avancé il entreprend en 1928
la construction d’une mosquée dans son lieu d’investiture
avant qu’il ne réalisa son plus grand rêve: accomplir le 5è
pilier de l’islam à l’âge très avancé de quatre vingt sept ans.
Revenu de son périple mecquois, Serigne Bra avait qualifié
son geste de bénédiction divine. Il poursuit l’action du
Cheikh dans son fief de Nayobé jusqu’à sa disparition en
1952 à l’âge de cent cinq ans. Il fut succédé par son fils aîné
Serigne Amadou Gaye premier imam de la mosquée de
Nayobé. Celui-ci en compagnie de Serigne Mar Gaye, grand
homme de culture et fils de la famille abattent tous les deux,
un énorme travail dans cette zone où convergent des
milliers de disciples pour la célébration du pèlerinage
traditionnel que les proches du défunt organisent
annuellement.
Pluie de miséricorde sur sa tombe, Amine !

Etu Maodo: Pape A Sall